Un nouvel outil de vente à découvert sur le marché du crédit privé : les grandes banques de Wall Street lancent des CDS sur Blackstone et Apollo
Wall Street est en train de mettre en place de nouveaux mécanismes de vente à découvert pour le marché du crédit privé d’une valeur de 2 000 milliards de dollars.
Selon le Financial Times qui cite des sources proches du dossier, JPMorgan, Barclays, Morgan Stanley et Citigroup ont récemment commencé à négocier des contrats d’échange sur risque de crédit (CDS) adossés aux fonds phares de crédit privé de Blackstone, Apollo Global et Ares Management. Il s'agit des derniers développements dans la recherche continue par Wall Street d’outils de vente à découvert pour le crédit privé, offrant ainsi aux investisseurs de nouveaux moyens de parier ou de se couvrir contre les risques du secteur.
Ces initiatives interviennent à un moment sensible pour l’industrie du crédit privé. Plusieurs fonds de crédit privé affrontent une vague de rachats de la part des investisseurs, tandis que leurs propres coûts de financement grimpent du fait du durcissement des conditions de financement imposées par les banques. Parallèlement, les autorités de régulation restent très attentives aux liens profonds entre le secteur bancaire et les fonds de crédit privé. Il faut noter que depuis le début de la négociation de ces contrats CDS cette semaine, les spreads CDS des trois fonds impliqués se sont resserrés, et les stratèges de JPMorgan anticipent un rétrécissement supplémentaire du spread CDS du fonds phare de crédit privé de Blackstone (BCRED).
L’introduction de ce nouvel outil a déclenché un réexamen du mécanisme de tarification du risque du crédit privé, tout en reflétant la méfiance grandissante des investisseurs institutionnels vis-à-vis de cette catégorie d’actifs en forte expansion mais à la transparence relativement limitée.
Lancement d’un indice S&P, activation du marché CDS
Le lancement de ces contrats CDS a été directement catalysé par la publication cette semaine d’un nouvel indice par S&P Global. S&P vient de lancer l’indice intitulé "CDX Financials", comprenant des fonds associés à Apollo, Blackstone et Ares, ainsi que des banques, compagnies d’assurance, entreprises immobilières et autres groupes financiers.
Quelques jours à peine après la création de cet indice, les grandes banques se sont activement engagées dans la négociation de CDS sur les fonds composants de l’indice. Ces contrats donnent aux traders la possibilité de parier sur la capacité d’un fonds donné à rembourser ses dettes. Le fonds de crédit privé de Blackstone (Blackstone Private Credit Fund, BCRED) est le plus important, avec 83 milliards de dollars d’actifs sous gestion.
Nicholas Godec, responsable produits négociables à revenu fixe et matières premières chez S&P Global, a déclaré que la demande de la part des traders et des investisseurs pour gérer leur exposition au crédit privé a nettement augmenté ces derniers mois. "Chaque fois que le marché s’inquiète du risque, on observe une intensification de l’activité sur les CDS", souligne-t-il :
"C’est justement ce retour du marché qui a également conduit à la création de cet indice."
Usages multiples : vente à découvert, couverture et arbitrage
Les nouveaux contrats CDS offrent des usages multiples et ne sont pas uniquement destinés à la vente à découvert.
Les investisseurs peuvent acheter des CDS pour parier sur une détérioration du sentiment général envers l’industrie du crédit privé, même sans penser que les fonds concernés feront réellement défaut – car la hausse perçue du risque se traduira alors par une hausse du prix des CDS. Parallèlement, de nombreux traders exploitent les différences de prix entre les CDS et les obligations des fonds pour réaliser des arbitrages, en misant sur l’élargissement ou le rétrécissement de ces écarts pour générer des gains.
Par ailleurs, selon des sources citées par les médias, certains investisseurs en crédit vendent à découvert des obligations notées investment grade émises par des sociétés de développement commercial du crédit privé (BDC), tandis que d’autres estiment que ces titres ont été survendus et envisagent d’en profiter pour acheter à des niveaux bas.
Les tentatives précédentes de Wall Street freinées, le modèle CDS prend le dessus
La concrétisation de ces produits CDS marque la première avancée réelle après plusieurs tentatives menées par Wall Street.
Goldman Sachs et JPMorgan avaient auparavant étudié l’utilisation d’instruments dérivés, comme les Total Return Swaps, pour parier sur des problèmes de prêts octroyés par des institutions de crédit privé à des entreprises de logiciels soutenues par le private equity, mais cela ne semble pas avoir débouché sur des transactions d’envergure. Bank of America avait également suggéré à ses clients une stratégie de pari à la baisse sur les actions jugées "les plus sensibles à l’impact du crédit privé" par ses équipes de vente, avant de retirer finalement cette recommandation.
Certains investisseurs motivent leurs paris à la baisse dans le secteur du crédit privé par ce raisonnement : l’industrie a accordé d’importants crédits à des entreprises de logiciels soutenues par des fonds de private equity, et la rapide évolution de l’intelligence artificielle pourrait bouleverser ces modèles d’affaires, entraînant une hausse du taux de défaut.
L’introduction des nouveaux contrats CDS intervient alors que l’industrie du crédit privé fait face à de multiples vents contraires. Outre les demandes continues de rachats d’investisseurs, les coûts de financement des fonds augmentent, car les banques resserrent leurs conditions d’octroi de crédit. Dans le même temps, l’inquiétude accrue des autorités de régulation face à l’intrication persistante entre banques et fonds de crédit privé se confirme.
Pourtant, l’ampleur des transactions CDS reste pour l’instant limitée. Les banques impliquées, telles que JPMorgan ou Barclays, se sont refusées à tout commentaire.
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