Ce ne sont pas les puces IA ! Un disciple de Soros : L'électrification est le thème principal de la prochaine décennie, il est optimiste sur le cuivre, l'aluminium et les câbles électriques
Un gestionnaire de fonds spéculatifs chevronné, qui a travaillé pour le Quantum Fund de Soros, estime que la véritable opportunité d’investissement décennale ne réside pas dans les puces AI, mais dans le cuivre, l’aluminium, les câbles et l’uranium, qui fournissent l’infrastructure fondamentale pour la transition énergétique mondiale.
Renaud Saleur, fondateur et PDG d’Anaconda Invest, basé à Genève et gérant 110 millions de dollars, affirme que la croissance structurelle de la demande mondiale d’électricité générera des rendements à deux chiffres sur la prochaine décennie. Il prévoit qu’entre 2035 et 2040, la consommation mondiale d’électricité, actuellement d’environ 20 000 TWh, augmentera d’environ 18 000 TWh supplémentaires. Cette énorme demande stimulera des investissements massifs dans le cuivre, l’aluminium, les câbles et l’énergie nucléaire.
Depuis sa création en février 2025, le Vulcain Global Volta Electron for AI Fund de Saleur a progressé de près de 50 %, avec un portefeuille composé à 40 % de matières premières et à 60 % d’actions. Il précise que les centres de données AI ne représentent qu’environ 1 000 TWh de cette demande supplémentaire, ne constituant pas la force dominante ; la véritable trajectoire d’investissement réside dans les actifs physiques soutenant toute l’infrastructure de l’électrification.
La demande d’électrification stimule les investissements dans le câble de cuivre
La logique centrale de Saleur repose sur le déséquilibre structurel de la consommation énergétique mondiale.
Il souligne que la consommation annuelle d’énergie par habitant en Inde n’équivaut qu’à 1,7 à 2 barils de pétrole, alors qu’aux États-Unis, elle atteint 24 barils. Avec la population indienne censée doubler d’ici 2040, la demande énergétique progressera de façon spectaculaire.
Pour répondre à la nouvelle demande de transmission électrique, Saleur estime que le monde devra ajouter 100 millions de kilomètres de câbles, soit deux fois la consommation annuelle mondiale de cuivre. Sur cette base, il se concentre sur les métaux de base comme le cuivre et l’aluminium, ainsi que sur les sociétés minières impliquées dans la fabrication de câbles et les leaders européens des câbles, notamment Nexans (France), Prysmian (Italie) et NKT (Danemark).
Le prix de l’uranium pourrait atteindre 200 dollars d’ici fin 2027
Le nucléaire constitue un autre axe majeur pour Anaconda.
Saleur détient à la fois l’uranium en tant que matière première et des positions sur les sociétés minières liées, mais il conseille aux investisseurs d’être patients. Il cite la crise pétrolière de 1973 : à l’époque, le prix de l’uranium était de seulement 4 dollars la livre, et en 1997, il était monté à 77 dollars, illustrant une logique de croissance à long terme.
Saleur prévoit que le prix de l’uranium passera d’environ 85 dollars la livre actuellement à 200 dollars d’ici fin 2027, en raison d’un déficit annuel d’approvisionnement mondial d’environ 30 000 tonnes.
Il indique également qu’avant même les tensions géopolitiques actuelles, il existait déjà des plans pour augmenter de 50 % le nombre de réacteurs nucléaires d’ici 2040, et selon lui, l’augmentation réelle dépassera largement cette prévision.
« Peu importe l’orientation politique de Trump, l’uranium sera l’un des grands bénéficiaires, » dit-il, « mais l’extraction de l’uranium et la construction de réacteurs nécessitent plus de 10 ans ; à court terme, l’offre ne pourra pas réagir rapidement. »
Le secteur des services pétroliers surpasse le brut lui-même
Dans le domaine pétrolier et gazier, Saleur estime que le marché est trop pessimiste concernant le prix du pétrole. Il révèle qu’Anaconda a acheté en début d’année des contrats à terme Brent pour décembre 2026 et décembre 2027 ; sur la base des contrats en continu, le Brent a gagné 73 % cette année.
Il pense que l’exploration insuffisante par les majors pétrolières, ainsi que la baisse continue des réserves, entraînera un resserrement de l’offre de pétrole brut. Mais il préfère le secteur des services pétroliers plutôt que le brut lui-même ; son Vulcain Long-Short Oil and Gas Fund, lancé en janvier 2022, a progressé d’environ 110 %, avec 80 % de son portefeuille concentré sur les sociétés de services pétroliers, telles que Borr Drilling et Transocean. Selon lui, la reconstruction post-conflit au Moyen-Orient et la nécessité de maintenir ou d’accroître la capacité apporteront une croissance continue du chiffre d’affaires à ces sociétés.
Concernant la situation du détroit d’Hormuz, Saleur prévoit que même si le conflit cesse, il faudra au moins six à sept mois pour que la navigation revienne à la normale.
Son analyse du scénario pour les prix du pétrole est la suivante : si le conflit s’achève aujourd’hui, le Brent se situera entre 80 et 90 dollars en fin d’année ; si le conflit persiste, les prix du pétrole resteront durablement entre 90 et 100 dollars.
En matière d’IA, il préfère l’« infrastructure » au secteur des puces
Saleur ne nie pas l’impact à long terme de l’IA, mais il adopte une stratégie d’investissement dans ce secteur très différente de celle du consensus du marché.
Il préfère éviter les actions des fabricants de puces surévalués et mise plutôt sur les entreprises qui fournissent des services de refroidissement et d’infrastructure aux centres de données.
Il cite notamment Munters (Suède, près de 30 % du chiffre d’affaires provenant du secteur des centres de données), Carel (Italie), Carrier (États-Unis) et Daikin Industries (Japon), estimant que ces sociétés bénéficieront directement de l’expansion du secteur des centres de données, tout en ayant une valorisation raisonnable.
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