Attaque à nouveau le marché britannique, JD.com vise l’ancienne plateforme de vente en ligne The Very Group
Selon des médias britanniques récents, JD.com est en train d’évaluer le rachat de la plateforme de commerce en ligne britannique historique The Very Group pour environ 2 milliards de livres sterling. Selon des sources proches du dossier, le géant américain du capital-investissement Carlyle Group, actionnaire actuel de la société, a officiellement lancé la procédure de cession de cet actif, avec une valorisation globale d’environ 2 milliards de livres sterling.
Ce n’est pas la première fois que JD.com porte son attention sur le marché de la distribution au Royaume-Uni. Auparavant, JD.com avait tenté en 2024 de racheter le géant britannique de l’électronique Currys, puis entamé des négociations en 2025 avec Sainsbury’s pour acquérir Argos, mais les deux tentatives se sont soldées par un abandon.
Si cette acquisition de The Very Group entre dans une phase concrète, il s’agira pour JD.com de la troisième tentative de rachat d’envergure au Royaume-Uni. De l’exploration aux multiples tentatives, l’expansion de JD.com sur le marché européen passe ainsi d’une phase d’essai à une nouvelle étape marquée par les acquisitions lourdes et une opérationnalisation locale.
En ce qui concerne la valeur de la cible, The Very Group n’est pas un simple distributeur opérant sur le flux en ligne. Cette entreprise historique fondée en 1923 est aujourd’hui l’une des plus grandes plateformes de vente au détail en ligne intégrée du Royaume-Uni, animée principalement par les marques Very et Littlewoods.
Les données financières disponibles indiquent que The Very Group génère un chiffre d’affaires annuel de plus de 2 milliards de livres sterling, compte environ 4,4 millions de clients actifs, et a atteint un EBITDA de 307 millions de livres sterling pour l’exercice 2025.
Pour JD.com, le principal avantage concurrentiel du groupe n’est pas seulement une chaîne d’approvisionnement de près de 2 000 marques, mais aussi ses services financiers grandement liés à ses activités de vente – le groupe propose via sa plateforme Key Pay des services de paiement différé et de crédit renouvelable.
Sur un marché européen où le coût d’acquisition client est élevé et la concurrence locale acharnée, racheter une plateforme dotée de 4,4 millions d’acheteurs actifs fidélisés par l’offre financière revient pour JD.com à franchir d’un coup la longue étape du lancement à froid.
Par ailleurs, la conformité réglementaire ainsi que l’expérience opérationnelle de The Very Group dans la finance de consommation constituent un atout rare qu’il est difficile pour les plateformes chinoises de commerce transfrontalier de construire seules au Royaume-Uni.
L’intérêt de JD.com pour The Very Group s’inscrit comme une pièce maître de sa grande stratégie européenne actuelle.
Lors d’une conférence majeure il y a un an, le fondateur de JD.com, Liu Qiangdong, déclarait sans détour : « Le futur de JD.com se joue principalement à l’international. »
À cette occasion, Liu Qiangdong avait précisé que « l’activité internationale de JD.com ne suivra pas le modèle du commerce transfrontalier traditionnel. Ma stratégie internationale repose sur le commerce local, la constitution d’équipes locales et les achats en local. »
On observe donc que, poussé par l’inquiétude d’un marché domestique saturé, JD.com a abandonné sa stratégie initiale « d’expansion légère à l’étranger » pour adopter le modèle offensif d’« acquisitions de leaders locaux + développement d’une chaîne d’approvisionnement lourde ».
Sur l’année écoulée, la stratégie européenne de JD.com s’est nettement accélérée, avec des méthodes particulièrement offensives.
Au second semestre 2025, JD.com a investi environ 2,2 milliards d’euros (soit environ 18,5 milliards de yuans) pour acheter 85,2 % des parts du géant allemand de l’électronique grand public Ceconomy, mettant ainsi la main sur les célèbres marques européennes MediaMarkt et Saturn ainsi que sur plusieurs milliers de magasins physiques.
Dans la foulée, en mars de cette année, la plateforme transfrontalière Joybuy, filiale de JD.com, a officiellement été lancée dans six pays européens, dont le Royaume-Uni, l’Allemagne et la France, et des entrepôts automatisés à Milton Keynes et Luton au Royaume-Uni ont été mis en service.
JD.com tente ainsi de répliquer en Europe son modèle domestique d’« auto-gestion + logistique intégrée ». Si l’acquisition de Ceconomy a consolidé sa base dans le secteur de l’électroménager et de l’électronique, l’offensive sur The Very Group marque l’intention de JD.com de compléter sa chaîne d’approvisionnement « toutes catégories » et de renforcer la perception locale de sa marque auprès des consommateurs britanniques.
The Very Group excelle dans les catégories telles que la mode, la beauté, la maison et les jouets. Cette structure d’activités correspond parfaitement à la volonté de JD.com, ces dernières années, de se détacher de son image de plateforme purement 3C et d’investir massivement dans le secteur de la mode, un marché à forte marge.
JD.com nourrit de longue date de grandes ambitions dans le secteur de la mode et du luxe.
Ces dernières années, la conseillère à l’expansion mode de JD.com, Zhang Zetian, a régulièrement fait son apparition dans le monde de la mode international, servant de « responsable recrutement de marques » pour JD.com à l’étranger.
Qu’il s’agisse d’assister au Dîner de Cannes en 2023 pour soutenir l’activité luxe, ou de participer en tant que conseillère officielle à la Fashion Week de Paris en mars, s’installant au premier rang du défilé de la créatrice Uma Wang et interagissant avec les dirigeants de médias comme Vogue, ces initiatives visent à envoyer un signal clair de montée en gamme de la marque JD.com au secteur de la mode et des groupes de luxe européens.
Si JD.com parvient à s’offrir The Very Group, il pourra renforcer rapidement son poids dans la chaîne d’approvisionnement mode en Europe, et aussi tirer parti des ressources locales premium pour alimenter son offre mode et beauté en Chine, créant ainsi une synergie bilatérale entre marchés domestique et étranger.
Si la logique stratégique paraît cohérente, l’acquisition et l’exploitation transfrontalières d’actifs de distribution restent un défi majeur pour JD.com. On sait que les intégrations à la suite de rachats internationaux sont particulièrement complexes.
The Very Group est un distributeur britannique historique dont la culture d’entreprise et la structure organisationnelle diffèrent fondamentalement du modèle chinois d’« exécution rapide et rotation forte »; les échecs d’intégration dus à des conflits culturels après des rachats à l’étranger sont d’ailleurs courants pour les sociétés chinoises.
En outre, The Very Group dépend fortement de son activité de crédit à la consommation, alors que les règles de la Financial Conduct Authority britannique encadrant le « paiement différé » se durcissent, faisant augmenter les coûts de conformité et le risque d’impayés.
Dans l’ensemble, l’évaluation de JD.com pour un rachat de The Very Group à 2 milliards de livres sterling représente une nouvelle offensive stratégique après plusieurs explorations sur le marché britannique. Cela reflète bien l’urgence et la détermination de JD.com à rechercher une deuxième courbe de croissance à l’étranger face à la concurrence féroce du e-commerce domestique.
Cependant, sur un marché européen mature où la concurrence fait rage, l’acquisition d’actifs lourds n’est qu’un billet d’entrée ; la véritable clé pour que cette offensive aboutisse sera de parvenir à intégrer véritablement un écosystème local de distribution de plusieurs milliards avec la chaîne d’approvisionnement numérique de JD.com.
Avertissement : le contenu de cet article reflète uniquement le point de vue de l'auteur et ne représente en aucun cas la plateforme. Cet article n'est pas destiné à servir de référence pour prendre des décisions d'investissement.
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